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Mental Loadless
·7 min

L'école appelle la mère en premier : ce que révèle l'étude

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Le téléphone de l'école affiche un numéro inconnu. Un enfant s'est fait mal à la récré, ou il a de la fièvre depuis midi. La secrétaire décroche son propre poste et compose un numéro. Lequel ? Une étude publiée le 10 septembre 2026 sur The Conversation vient de mettre un chiffre précis sur une intuition que beaucoup de mères avaient déjà, sans preuve à l'appui. Dans la majorité des cas, c'est elles que l'école appelle en premier. Même quand le père est présenté, noir sur blanc, comme plus disponible ce jour-là.

Ce n'est pas une anecdote isolée. C'est un mécanisme documenté, chiffré, et qui se recoupe avec une autre étude publiée quelques mois plus tôt en France, sur le temps que les pères passent réellement seuls avec leurs enfants. Les deux études, mises bout à bout, racontent la même histoire : vingt ans de progrès affichés côté paternité, et un réflexe institutionnel qui, lui, n'a pas bougé d'un pouce.

Une étude, deux ans de terrain, un chiffre qui ne bouge pas

Trois économistes — Laura K. Gee, Kristy Buzard et Olga Stoddard — ont mené l'enquête durant l'été 2022 auprès de plus de 80 000 chefs d'établissement aux États-Unis. Le protocole est simple. Un email fictif, signé par une famille avec un père et une mère, demande l'inscription d'un enfant. Les deux parents laissent leur numéro. Les chercheurs font varier les prénoms, les formulations, et surtout la disponibilité annoncée de chacun : parfois c'est le père qui est présenté comme le plus joignable ce jour-là, parfois la mère. Puis ils regardent qui l'école rappelle en premier.

Résultat : 60 % des directeurs qui ont rappelé quelqu'un ont contacté la mère en premier, contre 40 % pour le père. Globalement, les mères avaient environ 1,4 fois plus de chances de recevoir le premier appel téléphonique. Et le biais résiste même quand l'email précise noir sur blanc que le père est plus disponible ce jour-là précis. L'établissement appelle quand même la mère en premier, contre l'information qu'il vient pourtant de recevoir.

L'étude porte sur les États-Unis, avec un protocole américain, des écoles américaines. Mais rien n'indique que le réflexe s'arrête à l'Atlantique. Les secrétariats, les mairies, les clubs de sport, les centres de loisirs fonctionnent souvent avec la même logique implicite : il faut un parent référent, et ce parent, par défaut, c'est elle.

Un appel, ça n'a l'air de rien

Un appel de l'infirmerie, pris isolément, ne pèse pas lourd. Le problème, c'est l'accumulation sur une année scolaire entière. L'inscription à la cantine en juillet. Le mot pour la sortie au musée en octobre. Le rappel du médecin scolaire pour la visite obligatoire. Le message du prof de sport à propos du stage de rentrée. Le mail du club de foot qui a changé d'horaire un mercredi sur deux. Chacun de ces contacts, pris seul, prend deux minutes. Additionnés sur dix mois, ils forment une ligne continue d'informations à recevoir, trier, transmettre, retenir — la matière première de la charge mentale.

Ce n'est pas neutre pour la suite non plus. La personne que l'école appelle devient, presque mécaniquement, celle qui sait que la réunion parents-professeurs est jeudi soir, que le carnet de vaccination doit être mis à jour avant décembre, que le stage de troisième doit être trouvé avant les vacances de février. L'information atterrit chez elle en premier. Elle doit alors décider de la transmettre, de la garder pour elle, ou de la traiter seule — et c'est souvent la troisième option qui l'emporte, faute de temps pour organiser la deuxième.

Le paradoxe des pères plus présents

Une autre étude, publiée en novembre 2025 par la Drees, éclaire ce mécanisme sous un angle complémentaire. Sur vingt ans, entre 2002 et 2021, les pères passent effectivement plus de temps avec leurs jeunes enfants — deux heures et demie de plus par semaine qu'il y a deux décennies. Mais ce gain se loge presque entièrement dans le temps passé en tandem, aux côtés de la mère : trois heures quarante-cinq de plus, exactement. Le temps où le père se retrouve seul avec l'enfant, lui, a reculé de trente minutes sur la même période.

Concrètement, cela donne : les mères passent en moyenne 23 heures par semaine seules avec leurs enfants de moins de 6 ans. Les pères, environ 5h45 — quatre fois moins. Et 45 % des enfants de moins de 6 ans ne sont, sur une semaine ordinaire, jamais pris en charge seul par leur père.

Le père est là. Il joue, il accompagne à l'école, il fait les devoirs le mardi soir. Mais il est rarement l'adulte responsable en solo — celui qui gère l'imprévu, prend la décision sans consulter, répond au téléphone. Or c'est précisément ce rôle-là que sollicite un appel d'école un mardi à 15h. Un rôle que 700 000 couples avec au moins un enfant de moins de 6 ans (22 % des familles françaises) répartissent encore très inégalement selon la Drees : dans la moitié des cas, les tâches parentales reposent majoritairement sur la mère, contre seulement 10 % où c'est le père qui les assume.

Cette disponibilité "en solo" a un coût direct sur le temps libre. Toujours selon la Drees, quand les deux parents travaillent à temps complet, la mère passe en moyenne une heure de plus par jour avec les enfants que le père. Résultat : elle dispose de 3h10 de moins par semaine pour des activités sans travail ni enfant à charge — soit 20 % de temps disponible en moins.

Pourquoi l'école appelle "elle" par réflexe

Personne, dans un secrétariat d'école, ne décide consciemment de pénaliser les pères. Le biais est plus discret que ça. Il repose sur une hypothèse implicite : la mère est le contact référent, celle qui répondra vite, qui saura quoi faire de l'information. Cette hypothèse se construit sur l'expérience accumulée. Si, statistiquement, c'est elle qui a répondu aux dix appels précédents, la logique installe un réflexe qui s'auto-alimente : plus on l'appelle, plus elle devient la référente ; plus elle est la référente, plus on continue de l'appeler.

Ce mécanisme touche aussi les couples qui affichent une répartition équilibrée sur le papier. La Drees identifie un quart des familles où la prise en charge des enfants est répartie de façon équilibrée entre les deux parents — souvent les couples les plus diplômés, ceux qui ont explicitement négocié le partage des tâches. Même dans ces foyers-là, le premier appel de l'école a toutes les chances d'atterrir sur le même téléphone que d'habitude, celui qui a toujours répondu.

Ce qui change concrètement dans une maison

Un couple ne peut pas réécrire le protocole d'une école ou d'un club de sport. Mais il peut changer trois choses, dès cette rentrée.

D'abord, le champ "contact principal" du dossier d'inscription. La plupart des formulaires ne demandent qu'un seul numéro prioritaire. Si c'est toujours le même qui est renseigné en premier, l'établissement n'a aucune raison de changer d'habitude. Renseigner les deux parents à égalité, ou alterner d'une année sur l'autre, coûte cinq minutes en septembre — et change qui décroche en mars.

Ensuite, transmettre l'information reçue plutôt que la traiter seul dans son coin. Un appel de l'infirmerie, un mot du professeur, un mail de la cantine : la personne qui reçoit peut choisir de partager l'information tout de suite, pas seulement la décision qui en découle deux jours plus tard. La différence se joue là — être informé en même temps que l'autre, et non informé après coup d'un choix déjà arrêté.

Enfin, formaliser qui gère quoi sur une base régulière, plutôt qu'au coup par coup selon qui décroche le téléphone ce jour-là. C'est exactement ce qu'une liste partagée ou un planning commun permet de fixer noir sur blanc, pour que la répartition ne dépende plus du hasard d'un appel entrant. Mental Loadless sert précisément à ça : transformer un flux d'informations éparpillées — écoles, médecins, activités — en tâches visibles par les deux parents, au lieu de rester stockées dans la tête d'un seul. Sur ce sujet, notre article sur le parent par défaut détaille comment cette habitude du "qui décroche" s'installe dans un couple. Et pour la logistique propre à cette période, notre guide sur la charge mentale de la rentrée scolaire recense d'autres leviers concrets.

Ce que dit vraiment ce chiffre

L'étude américaine ne prouve pas que les écoles françaises font exactement pareil. Mais elle documente un mécanisme qui dépasse largement le cadre scolaire : les institutions s'adressent au parent qu'elles perçoivent comme le plus disponible, et cette perception se calque presque toujours sur qui a répondu la dernière fois. Combinée aux données françaises sur le temps parental, elle dessine une même ligne de force : les pères sont plus présents qu'il y a vingt ans, mais rarement seuls aux commandes. Et tant que ce sera le cas, le téléphone continuera de sonner chez la même personne.

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