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Mental Loadless
·7 min

L'école appelle la mère en premier : ce que révèle l'étude

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En bref. Oui, l'école appelle plus souvent la mère en premier : aux États-Unis, quand un directeur rappelle un parent, c'est la mère dans 59 % des cas, et encore 26 % quand le père se dit plus disponible. En France, la Drees montre que les pères restent rarement seuls aux commandes. Renseigner les deux parents à égalité et partager chaque information limite l'effet.

Le téléphone de l'école affiche un numéro inconnu. Un enfant s'est fait mal à la récré, ou il a de la fièvre depuis midi. La secrétaire décroche son propre poste et compose un numéro. Lequel ? Une étude de trois économistes américaines, relayée en France à la rentrée 2026, vient de mettre un chiffre précis sur une intuition que beaucoup de mères avaient déjà, sans preuve à l'appui. Dans la majorité des cas, c'est elles que l'école appelle en premier. Et même quand le père est présenté, noir sur blanc, comme plus disponible, une part des appels continue d'aller à la mère.

Ce n'est pas une anecdote isolée. C'est un mécanisme documenté, chiffré, et qui se recoupe avec une autre étude publiée quelques mois plus tôt en France, sur le temps que les pères passent réellement seuls avec leurs enfants. Les deux études, mises bout à bout, racontent la même histoire : vingt ans de progrès affichés côté paternité, et un réflexe institutionnel qui, lui, a peu bougé. C'est l'un des mécanismes les plus concrets de la charge mentale.

Une expérience, 80 000 écoles, un chiffre qui ne bouge pas

Trois économistes — Laura K. Gee, Kristy Buzard et Olga Stoddard — ont mené l'expérience durant l'été 2022 auprès de 80 071 directeurs d'école aux États-Unis. Le protocole est simple. Un email fictif, envoyé par un couple avec un père et une mère, demande au directeur de rappeler un parent au sujet d'une question sur l'école. Les deux parents laissent leur numéro. Les chercheurs font varier le parent qui envoie le message et, surtout, la disponibilité annoncée de chacun : parfois c'est le père qui est présenté comme le plus joignable, parfois la mère, parfois aucun des deux. Puis ils regardent qui l'école rappelle en premier.

Résultat, quand l'email ne dit rien de la disponibilité de chacun : parmi les directeurs qui ont rappelé quelqu'un, 59 % ont contacté la mère en premier, contre 41 % le père. Les mères avaient donc 1,4 fois plus de chances de recevoir le premier appel. Et le biais résiste en partie à l'information : même quand le couple précise noir sur blanc que le père est le plus disponible, la mère reçoit encore 26 % des appels. Quand le message dit l'inverse, elle en reçoit 90 %.

L'étude porte sur les États-Unis, avec un protocole américain, des écoles américaines. Mais rien n'indique que le réflexe s'arrête à l'Atlantique. Les secrétariats, les mairies, les clubs de sport, les centres de loisirs fonctionnent souvent avec la même logique implicite : il faut un parent référent, et ce parent, par défaut, c'est elle.

Un appel, ça n'a l'air de rien

Un appel de l'infirmerie, pris isolément, ne pèse pas lourd. Le problème, c'est l'accumulation sur une année scolaire entière. L'inscription à la cantine en juillet. Le mot pour la sortie au musée en octobre. Le rappel du médecin scolaire pour la visite obligatoire. Le message du prof de sport à propos du stage de rentrée. Le mail du club de foot qui a changé d'horaire un mercredi sur deux. Chacun de ces contacts, pris seul, prend deux minutes. Additionnés sur dix mois, ils forment une ligne continue d'informations à recevoir, trier, transmettre, retenir — la matière première de la charge mentale.

Ce n'est pas neutre pour la suite non plus. La personne que l'école appelle devient, presque mécaniquement, celle qui sait que la réunion parents-professeurs est jeudi soir, que le carnet de vaccination doit être mis à jour avant décembre, que le stage de troisième doit être trouvé avant les vacances de février. L'information atterrit chez elle en premier. Elle doit alors décider de la transmettre, de la garder pour elle, ou de la traiter seule — et c'est souvent la troisième option qui l'emporte, faute de temps pour organiser la deuxième.

Le paradoxe des pères plus présents

Une autre étude, publiée en novembre 2025 par la Drees, éclaire ce mécanisme sous un angle complémentaire. Sur vingt ans, entre 2002 et 2021, les pères passent effectivement plus de temps avec leurs enfants de moins de 6 ans — deux heures et demie de plus par semaine qu'il y a deux décennies. Mais ce gain se loge presque entièrement dans le temps passé en tandem, aux côtés de la mère : trois heures quarante-cinq de plus, exactement. Le temps où le père se retrouve seul avec l'enfant, lui, a reculé de trente minutes sur la même période.

Concrètement, cela donne : les mères passent en moyenne 23 heures par semaine seules avec leurs enfants de moins de 6 ans, quatre fois plus longtemps que les pères. Et 45 % des enfants de moins de 6 ans ne sont, sur une semaine ordinaire, jamais pris en charge seul par leur père.

Le père est là. Il joue, il accompagne à l'école, il fait les devoirs le mardi soir. Mais il est rarement l'adulte responsable en solo — celui qui gère l'imprévu, prend la décision sans consulter, répond au téléphone. Or c'est précisément ce rôle-là que sollicite un appel d'école un mardi à 15h. Et ce rôle reste très inégalement réparti, même quand les deux parents travaillent à temps complet. La Drees a étudié ces 700 000 couples, soit 22 % des familles avec au moins un enfant de moins de 6 ans : dans la moitié d'entre eux, les trajets vers le lieu d'accueil, les formalités et la gestion des imprévus (enfant malade, réveils nocturnes) reposent majoritairement sur la mère, contre une famille sur dix où c'est le père.

Cette disponibilité "en solo" a un coût direct sur le temps libre. Toujours selon la Drees, dans ces couples où les deux parents travaillent à temps complet, la mère dispose de 3 h 10 de moins par semaine que le père pour des activités sans travail ni enfant à charge, soit 20 % de temps disponible en moins.

Pourquoi l'école appelle "elle" par réflexe

Personne, dans un secrétariat d'école, ne décide consciemment de pénaliser les pères. Le biais est plus discret que ça. Il repose sur une hypothèse implicite : la mère est le contact référent, celle qui répondra vite, qui saura quoi faire de l'information. Cette hypothèse se construit sur l'expérience accumulée. Si, statistiquement, c'est elle qui a répondu aux dix appels précédents, la logique installe un réflexe qui s'auto-alimente : plus on l'appelle, plus elle devient la référente ; plus elle est la référente, plus on continue de l'appeler.

Ce mécanisme touche aussi les couples qui affichent une répartition équilibrée sur le papier. Parmi ces couples bi-actifs à temps complet, la Drees identifie un quart des familles où les enfants sont pris en charge par les deux parents de manière équilibrée — plus souvent des parents diplômés et aisés. Même dans ces foyers-là, le premier appel de l'école a toutes les chances d'atterrir sur le même téléphone que d'habitude, celui qui a toujours répondu.

Ce qui change concrètement dans une maison

Un couple ne peut pas réécrire le protocole d'une école ou d'un club de sport. Mais il peut changer trois choses, dès cette rentrée.

D'abord, le champ "contact principal" du dossier d'inscription. La plupart des formulaires ne demandent qu'un seul numéro prioritaire. Si c'est toujours le même qui est renseigné en premier, l'établissement n'a aucune raison de changer d'habitude. Renseigner les deux parents à égalité, ou alterner d'une année sur l'autre, coûte cinq minutes en septembre — et change qui décroche en mars.

Ensuite, transmettre l'information reçue plutôt que la traiter seul dans son coin. Un appel de l'infirmerie, un mot du professeur, un mail de la cantine : la personne qui reçoit peut choisir de partager l'information tout de suite, pas seulement la décision qui en découle deux jours plus tard. La différence se joue là — être informé en même temps que l'autre, et non informé après coup d'un choix déjà arrêté.

Enfin, formaliser qui gère quoi sur une base régulière, plutôt qu'au coup par coup selon qui décroche le téléphone ce jour-là. C'est exactement ce qu'une liste partagée ou un planning familial commun permet de fixer noir sur blanc, pour que la répartition ne dépende plus du hasard d'un appel entrant. Mental Loadless sert précisément à ça : transformer un flux d'informations éparpillées — écoles, médecins, activités — en tâches visibles par les deux parents, au lieu de rester stockées dans la tête d'un seul. Sur ce sujet, notre article sur le parent par défaut détaille comment cette habitude du "qui décroche" s'installe dans un couple. Et pour la logistique propre à cette période, notre guide sur la charge mentale de la rentrée scolaire recense d'autres leviers concrets.

Ce que dit vraiment ce chiffre

L'étude américaine ne prouve pas que les écoles françaises font exactement pareil. Mais elle documente un mécanisme qui dépasse largement le cadre scolaire : les institutions s'adressent au parent qu'elles perçoivent comme le plus disponible, et cette perception se calque presque toujours sur qui a répondu la dernière fois. Combinée aux données françaises sur le temps parental, elle dessine une même ligne de force : les pères sont plus présents qu'il y a vingt ans, mais rarement seuls aux commandes. Et tant que ce sera le cas, le téléphone continuera de sonner chez la même personne.

Sources

  1. Buzard K., Gee L. K., Stoddard O., « Who You Gonna Call? Gender Inequality in External Demands for Parental Involvement », document de travail, 2023
  2. Drees, « Depuis vingt ans, des pères plus présents auprès des jeunes enfants mais pas plus souvent seuls avec eux », Études et Résultats n° 1355, 2025
  3. Drees, « Prise en charge des jeunes enfants : évolution du temps parental et organisation des familles sur une semaine habituelle », communiqué, 2025
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Questions fréquentes

Est-ce vrai que l'école appelle d'abord la mère ?
Aux États-Unis, c'est mesuré. Dans une expérience de terrain menée auprès de 80 071 directeurs d'école, quand un appel est passé, la mère est appelée en premier 1,4 fois plus souvent que le père : 59 % des appels contre 41 %, alors que les deux numéros étaient fournis et qu'aucune disponibilité n'était indiquée (Buzard, Gee et Stoddard).
Et si le père indique qu'il est plus disponible ?
L'écart se réduit, sans disparaître. Quand le couple signale que le père est le plus disponible, la mère reçoit encore 26 % des appels. À l'inverse, quand le message conforte le stéréotype d'une mère plus disponible, elle en reçoit 90 %. Changer l'information donnée à l'école aide, mais ne suffit pas à rétablir l'équilibre.
Les pères passent-ils plus de temps seuls avec leurs jeunes enfants qu'avant ?
Non. Selon la Drees (novembre 2025), les pères passent 2 h 30 de plus par semaine avec leurs enfants de moins de 6 ans qu'il y a vingt ans, mais ce gain se fait aux côtés de la mère. Le temps seul avec l'enfant a reculé de 30 minutes, et 45 % des enfants de moins de 6 ans ne sont jamais gardés par leur père seul.
Comment éviter que l'école appelle toujours le même parent ?
Renseignez les deux parents à égalité sur les formulaires d'inscription, ou alternez le contact principal chaque année. Partagez chaque information reçue tout de suite, pas seulement la décision prise ensuite. Et fixez qui gère quoi sur la durée, dans une liste ou un planning commun, pour que la répartition ne dépende plus de qui décroche.

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